Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Iliade, le retour d'Achille
Charlie venait de réussir un coup somptueux. Il y eut des applaudissements. En se retournant, la queue à la main pour recevoir son ovation, l'extrémité de sa queue emporta un verre de bière, qui s'explosa au sol comme une bombe visqueuse. Nouvelle salve d'applaudissements. Le premier geste aurait dû rester dans l'histoire, mais à cause du second, rien n'était moins sûr. Ainsi va l'Histoire. En plus il était totalement interdit de laisser un verre sur le billard, pour cette raison-là justement, que c'est un peu risqué. J'avais pas vu l'exploit, je m'endormais sur un fauteuil après mon septième, dixième ou douzième verre de whisky, je savais plus bien, à part que j'avais commencé de boire bien trop tôt dans l'après-midi. Charlie alla chercher de quoi nettoyer son second exploit. Le Dj du RADAR passait Back in Black D'ACDC. Je supportais pas la voix de rombière hystérique de Brian Johnson, et encore moins leurs riffs pompiers, cette musique m'empêchait de draguer sereinement.
Au moment où Charlie disparut dans la salle principale (le billard était déconnecté du comptoir pour plus de tranquillité), la musique cessa (cut), et le Dj gueula comme c'est la coutume dans ce rad:
"CA SORT DE L'ESPACE!!". Normalement, il remettait le son juste après cette saillie, à moins qu'il ponctue l'arrivée d'une jolie gonzesse, là il ajoutait souvent: "Sans capote! sans capote!". Mais cette fois-ci, non, la musique reprenait pas. On entendit même une sorte de "oléééééééééé" général, et puis un brouhaha inhabituel. Et ensuite, des bruits sourds, des craquements, des tables renversées, des cris, des meufs qui hurlent, bref, de la castagne maison.
Malgré ma flemme, ça me semblait valoir le coup d'y jeter un oeil.
Je me lève, je descends les marches (en faisant gaffe parce qu'elles avaient été changées en escalator inversé, avec des mouvements latéraux, tout ça pendant mon demi-sommeil). Et puis oui, c'était bien une bastonnade de tous les diables, pire que la fois où un Arabe avait farfouillé dans la réserve (le RADAR est un bar très facho). Cyril, le gigantesque skinhead de près de deux mètres était étalé à mes pieds, la gueule en forme de pizza sans fromage, les jambes en V. Un tumulte de hooligans régnait. Les habitués volaient littéralement, les plus gros, bedonnants et musculeux, les petits et les nanas, eux, essayaient de faire corps avec les murs.
Au milieu de ce chambard, un type incroyable, un Héros Grec, genre Achille en personne, A POIL! Beau comme un dieu et coulé dans le même moule que le mieux bâti des GI. Sa bite paraissait capable de tirer des rayons lasers. Il tenait dans une main aux proportions de gant de base-ball la queue de Charlie. Charlie lui aussi tutoyait les anges le cul dressé sur une des rares tables encore debout, la mâchoire au sol. Une petite minette se cramponnait à mes mollets, comme si j'allais la défendre du plus impressionnant guerrier depuis Rambo. Moi j'étais tellement pété que je regardais la scène comme dans un cinéma 3D, incapable de m'imaginer en danger. Ce type devait être un de ces légionnaires échappés du pub d'à côté, que le patron ne refusait jamais de servir, même quand ceux-ci devenaient psychotiques, ou se foutaient comme là, à poil. C'était vraiment un problème ça, toute les semaines y avait des cas, et ça finissait toujours dans le sang et les sirènes de police.
Achille chopa le skin gigantesque par le bras (il était toujours dans les vapes) et le traîna comme un butin au dehors.
Le bar ressemblait à un charnier avec des corps de partout, dans des positions pas orthodoxes, même pour le RADAR. On devait être à peine six ou sept encore conscients. La meuf n'avait pas retiré ses griffes de mes jambes, et ça commençait à me faire mal. Je regardai son visage, parce que j'avais pas capté qui c'était. Dans ses yeux ahuris je vis Juliette qui venait de croiser Roméo pour la première fois:
"Il est troooooooop chou!"
Comme je restais interdit elle ajouta:
"T'as vu ses pecs? Des casques à pointe!
"Des casques à pointe? Tu dois avoir un côté lesbien non assumé..."
Elle se redressa, très digne tout à coup, visiblement love, et, gouvernée par ses gênes, sortit à la suite d'Achille, pour lui faire un enfant. Une timide brise de vie souffla dans le bar, quelques étripés reprenant leurs esprits. C'était le moment de se casser, et enjambant les détritus vivants, je pris la porte à mon tour.
Sur le trottoir, Cyril, lui aussi nu comme un ver, avec en travers du ventre, la queue de Charlie, intacte. Orianne-Juliette virevoltait quelques mètres plus loin, en quête probablement de l'amour de sa jeune vie.
Je rentrai chez moi, finir un mauvais rosé en m'endormant devant Excalibur de John boorman, qui même si il est très kitsch, reste une excellente version de la quête du Graal.
C'est ma sonnette qui me réveille, toujours aussi atroce égosillement de moineau surdimensionné. Je la hais cette sonnette. Et personne pour me proposer de la changer; je sais pas ce que j'ai fait au bon dieu, mais sûr qu'il peut pas me saquer.
En bas de ma rue, ce que je vois me stupéfait. La berlue. Une scène de deux mormons en train de s'enculer contre le mur m'aurait moins fait cligner des focales.
C'était Orianne et Achille. Main dans la main, comme deux jeunes mariés, sauf qu'ils étaient pas en tenue de mariés. Achille souriait comme un ange robotisé.
"Excuse moi Ben, tu dormais? On peut monter?
"Mais... je croyais que tu pouvais pas me pifrer?...
"Oui, mais là c'est important!"
Orianne ne m'aimait pas. C'est immanquablement comme ça qu'elle m'accueillait au RADAR "Ah, voilà celui que j'aime pas". Je savais pas ce qui était le plus aberrant, de la voir elle au bas de chez moi, ou de revoir Achille, ou bien les deux ensemble. Sidéré, je lui ouvre. Enfin je lui dis qu'ils peuvent rentrer parce que la porte du couloir ne ferme pas.
Une fois dans mon salon ils se roulent galoche sur galoche, au point que même moi, ça m'écoeure. Au bout d'un temps je lui demande si c'est pour ça qu'elle est venue chez moi, parce que si ils comptent baiser là, je vais pas attendre les préliminaires, je file me recoucher et puis qu'ils auront qu'à me taper sur l'épaule quand viendront les moments intéressants.
Elle s'excuse mais finit par m'avouer que ben oui, c'est un peu pour ça qu'ils sont venus, ils ont pas trop d'endroit où héberger leur fol amour dans l'immédiat, et que moi, comme ma coloc était pas là ces jours, ça me gênerait peut-être pas de les dépanner une nuit ou deux. Pour m'émouvoir elle ponctue son adorable requête d'un petit bécot amoureux sur les lèvres brillantes d'Achille (il met du gloss ou quoi??). C'est tellement barjot que je lui dis "ok pour cette nuit déjà". Le seul truc qui m'inquiète c'est qu'Orianne est mineure et que je risque de me retrouver accusé d'assistance à détournement de mineur, si jamais le délit existe. Ils se refont un petit bécot de couple tout mimi pour couronner leur succès. Lui n'a toujours pas prononcé un mot. Je sais même pas si il sait parler.
En fait c'était pas encore dix heures du mat' et j'avais vraiment sommeil. Je me suis calé de nouveau sur mon lit, sous une couverture très moche en laissant comme consigne de me lever au plus tard à midi.
Je rêvai d'Achille. Il parlait dans mon rêve, on marchait ensemble dans la rue et il me donnait son analyse de l'époque moderne, enfin plutôt des ethnies qui la peuplent.
"Les Juifs sont des enculés qui gouvernent votre monde par le biais des médias, ce que vous appelez la culture, par le biais de moyens financiers sans précédent, et grâce à des sociétés secrètes.
"Ah, que je fais.
"Les Noirs pas cons et occidentalisés ont compris qu'il fallait correspondre à vos clichés et à vos codes, ils courent vites, mieux que vous, avec leur grosse queue ils séduisent facilement vos femmes, ça vous plaît pas trop. Les Noirs d'Afrique mettront au moins cent ans à prendre leur revanche sur la colonisation et le pillage du continent. A leur manière, ce sont des enculés aussi.
"Ah, que je fais.
"Les Chinois vous ont déjà niqués, ces enculés n'ont aucune conscience humaine et ils veulent la plus grosse part du gâteau qui reste encore à bouffer.
"Ah, que je fais.
"Les Russes sont finis, ces enculés. Comme les Ricains, eux ils en sont au baroud d'honneur des plus gros et enculés depuis la chute de l'empire romain.
Je réponds plus, j'écoute.
"Les Arabes sont la vraie puissance montante, quand ces enculés seront alliés avec les Chinois, vous allez la sentir passer.
"Qui ça "vous"? Les Blancs? T'es blanc toi aussi!"
C'est là que j'ai été tiré de cette brillante et éthylique expertise par les hurlements d'Orianne. Sûr, on la dépeçait vivante.
Elle était face à moi, jupe relevée sur sa petite chatte blonde, cuisses sur celles d'Achille, le braquemard de l'un dans le cloaque de l'autre. Les cris étaient des râles de plaisir, mais bon dieu, l'outil du géant devait être une colonne d'acier agrémentée d'ergots ou de serres, parce qu'à chaque pénétration Orianne rejetait sa tête en arrière, la gorge gonflée, gueulant comme si on lui ramonait les tripes avec un tison. Jamais une meuf ne m'avait fait ce jeu-là. Achille la maintenait de ses bras de goliath en lui ceinturant les épaules et la poitrine, et l'empalait avec une telle force que je pensais qu'il allait la buter, qu'il le faisait obligatoirement exprès, et que cette gamine mineure allait crever chez moi d'un arrêt cardiaque avant même que l'engin du monstre n'en arrachât tous les viscères. Horrible et fascinant. Puis elle a jouit, il l'a enlevée de sa bite en la soulevant par le cou, et l'a posée par terre où elle s'est affalée, sonnée, et heureuse.
La bite d'Achille avait en fait des proportions normales. Elle luisait de la mouille d'Orianne, tellement épaisse qu'on aurait crû sa queue recouverte de cire, et autant qu'un bougeoir centenaire, avec les linéaments et tout. Orianne se mit à ronfler.
On a causé ensuite, avec Achille. Il savait tout sur tout. On a parlé musique, politique, littérature, poésie. Ce type connaissait absolument tous les auteurs, tous les livres, recueils, enfin tout ce que je connaissais, il le connaissait. Mais jamais moyen de comprendre s'il aimait ou non, il portait la science infuse, mais comme une encyclopédie, comme un ordinateur, sans une quelconque émotion. Un psychopathe.
Il voulait rien boire, rien manger, rien fumer.
Et puis il a enfin dit ce qu'il foutait là. Il cherchait une Sarah Connor dans le but de la tuer. j'ignorais où habitait "Sarah Connor". Il m'a remercié de l'avoir accueilli, et nous a quitté, Orianne et moi. Bien évidemment, elle s'est mise à chialer quand je lui ai raconté le départ du meilleur coup de son existence. Inconsolable. Jusqu'à l'épisode "Sarah Connor". Là elle est devenue rouge de haine et a hurlé: "Quoi?!! Je vais la trouver cette pute! J'vais la défoncer c'te chienne, elle va crever!". Et elle s'est barrée, furieuse et bien décidée. J'avais même pas eu le temps de lui préciser que lui aussi il voulait la buter, qu'il ne fallait pas être jalouse comme ça. De toutes façons, elle m'aurait pas crû.
Voilà comment "Sarah Connor" s'est retrouvée avec deux tueurs à ses trousses.