Aujourd'hui je ne plagierai pas Desproges. J'ai reçu des lettres de menaces anonymes d'une dénommée Mme Clitoria m'intimant de laisser tranquille la mémoire du persistant défunt. Bien, j'espère que les ayants droits de Mr Vialatte ne connaitront jamais l'article qui suit, sinon, ça va chauffer.
Le gnou est une espèce d'antilope. Je sais, ça choque, mais le gnou n'est pas à une humiliation près. Il possède en effet le nom le plus stupide de la création animale, et sa femelle, la maroufle, n'est guère mieux lotie.
Le gnou se compose principalement d'un corps massif, de quatre pattes pourvues de sabots à leur extrémité, et d'une tête cornue à l'opposé de laquelle une queue parachève l'ensemble. Le tout est relativement cohérant.
En plus d'être affublée d'un nom aussi risible que celui de son mari, lamaroufle est conne. La preuve: le mâle la séduit en poussant des coassements. La fierté du gnou en prend un coup. Et le plus cruel dans cette histoire, c'est pour les grenouilles qui tombent régulièrement sous le charme du bel ongulé. C'est un amour à sens unique, et ce sont les pires. La Fontaine nous en relata la tragique évolution dans une fable bien connue.
Une fois rendue sous le charme comme une vulgaire rainette, la maroufle se laisse saillir par son Roméo. Huit mois plus tard, le petit gaou vient au monde. Si le ridicule tuait, l'espèce en serait éteinte depuis belle lurette.Or le ridicule n'est pas un facteur déterminant de la sélection naturelle animale. D'où la survivance du Loulou de Poméranie, de la taupe au nez étoilé et de l'être humain à la surface de notre planète. Quoique la taupe, à la conscience plus développée, s'enfouisse régulièrement dans le sol afin de tenter d'oublier la forme de son museau que le plus extravagant des babouins refuserait à la place du cul.
Avec tout ça, reconnaissons-le, le gnou a de quoi ruminer. Et il ne s'en prive pas. Au beau milieu de son désespoir, après s'être retenu plusieurs jours, le gnou boit; il boit trop, les autres animaux se moquent alors de lui en chantant "et gnou et gnou et gnou". Ce n'est pas très gentil, mais la savane, comme chacun sait: c'est la jungle.
Lorsque l'on pourchasse un gnou, l'on est obligé d'admettre l'évidence: c'est bien une antilope, il court à 65 km/h. Mais après il est bien avancé, il a les gnous en compote.
La garde-robe du gnou est assez pauvre, il existe un gnou noir à queue blanche et un gnou bleu à queue noire. Je sais, il aurait pu mieux faire, mais que voulez-vous, les gnous et les couleurs, ça ne se discute pas.
Le gnou est particulièrement grégaire. Lors des migrations saisonnières, le mâle dominant prend la tête d'un troupeau immense, composé parfois de plusieurs centaines de milliers d'individus. C'est lui qu'on appelle le gnou des autres. L'herbe qu'ils recherchent se nomme l'andropogon; ils en mangent quand même.
Malheureusement pour lui, le gros gnou nage très mal, et lors de ces fameuses migrations, il n'est pas rare qu'ayant à traverser un cours d'eau, beaucoup d'entre eux se noient. Et les autres animaux, sadiques et railleurs de chanter de nouveau: "et gnou et gnou et gnou". Ainsi passe la gloire du gnou.