Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Bon, entendons-nous bien. C'est un petit livre que vous avez là, pas vraiment un roman, même pas des nouvelles. C'est juste "l'histoire d'un mec", d'autres mecs, d'autres nanas. Vous voyez une trame vous? des entourloupes, parfois, des mensonges, trois vérités qui ne servent pas à grand chose, mon amour ptérodactyle, fossile volant, ombre inquiétante; j'ai voulu mettre de la vie là-dedans, singer Dieu, patchworker des instants, j'ai pas de thèse moi! Si je suis plus malin que vous? merde!
Ah, mais la musique! ça ça légitime la vie, la douleur, ça fait oublier l'incompréhension native, la tour de Babel effondrée, la création de 100 langages pour ne pas nous entendre.
On ouvre son oeil nombril chaque matin sur un soleil impérial, indifférent, tartine de lumière sur les toits infinis qui couvrent l'horizon, qui couvent des évolutions biologiques douteuses et pourtant identiques à la nôtre. Oh, j'aurais bien fait un petit roman tout mignon moi avec tout ça! Oh oui, j'aurais voulu, juré. Pour tous les réveils du monde, pour les nuits écrasantes, pour les gamines des gens que je déteste, pour les cons, les désespérés, les homosexuels fragiles, les amputés de la poétique, les putes édentées, les mamans tristes, les Palestiniens prêts à se faire sauter, les Juifs errants, les Nègres déracinés, les petites salopes pois-chiche, les héroïnomanes à la dérive de l'être, les psychotiques, les banquiers, éboueurs, charcutiers de l'émotion, les extraterrestres -pourquoi pas?
Et puis quand je sors de mes draps, c'est l'angoisse ou bien la gueule de bois -même si j'ai la gaule comme un légionnaire en permission! Ah mais on va pas chialer ensemble, bien que ce soit assez beau finalement, d'oser chialer tous ensemble, humanité à demi ratée... Formez les rangs de pleureuses et de pleureurs, je me ferai chef d'orchestre! Non, non, je déconne. Il est vraiment pas question de ça, bien que, des fois, ça serait agréable quand même, non? On pleure en écoutant un pianiste... alors la mélodie lacrymale, on peut bien la laisser nous emporter, y compris sans pianiste du tout, on est pas à un ridicule près!
Pas de gueule de bois ce matin. Donc, angoisse. Elle était bien mimi la fille dans mon lit pourtant, comme quoi... ça tient pas à ça. Après une baise courte, sans conviction et sans final, elle a voulu réinventer la philosophie, rien que ça! Le Bien et le Mal, ça la perturbe ça, le Bien et le Mal. Moi, non: j'ai lu Nietzsche, ben tiens. C'est des notions de foutre ces trucs-là, c'était valable quand on voulait encore croire en Dieu. Mais le barbu, les guerres, les génocides, les églises, les philosophes se sont chargés de le renvoyer d'où il vient, dans notre phantasme primordial. De toutes façons, la philosophie aussi c'est une farce à fourrer nos carcasses de dindes avant le repas de Noël.
Alors voilà, désolé mais j'ai fait un livre avec ce qui reste. L'absurde, le besoin d'amour des gens autour, la lune qui fait scintiller les rues, qui brille dans le regard des filles qui savent un peu lever la tête, les névroses...
Et avant cette fille, hier soir, j'étais avec un violoniste fou d'amour, malheureux, et qui avait abandonné son violon. Et il y avait Desdichado aussi, purulent de la gueule à cause d'un herpès gagné en baise pirate, lourdé le Desdi, lourdé par la vie, par son ex-meuf, à moitié crevé le Grand Poète! Ah, c'est une bien belle chose l'amour, n'est-ce pas? Etonnez-vous que les romans d'amour soient mauvais... La vie est une grande insensible, alors la littérature est cruelle, c'est de bonne guerre. Et encore avant, bah on s'en branle d'avant. Vous vous en doutez, y'a eu de la merde dans un paquet cadeau argenté (à cause de la lune, toujours), des gens qui parlent de leur boulot au téléphone dans la rue, des flics venus nous dire de pas faire de musique à tel endroit, parce que c'est la ville, c'est la nuit, faut respecter son voisin, le mec à la fenêtre là-haut qui va s'épuiser au travail demain, et que la musique c'est bien joli, mais voilà quoi, stop, terminares pour ce soir.
Bon alors, on en revient à ce matin. Quoi, c'est décousu? parce qu'elle est bien cousue votre existence? alors? bon.
Pas déprimé le jeune poète, no no. C'est pas ça. Il est sorti sous un ciel sans tâches, lumineux, absolu de bleu, une partition vierge ce ciel, et encourageante avec ça, qui appelle les plus belles plumes à nuager des arabesques enchanteresses, des petits coeurs d'espoir au-dessus de nos gueules, une promesse obstinée de magnifique journée en développement.
Il s'est assis en terrasse au bar, Marina Tsvetaïeva en main. C'est sympa Tsvetaïeva, c'est vif, intelligent, simple, et puis c'est une poétesse suicidée, ça donne du crédit à ses perceptions. Enfin je trouve.
Aucune nana ne s'est approchée de moi pour me dire: "Ah, vous lisez, Tsvetaïeva, c'est rare, elle est peu connue".
J'aurais répondu: "Tu (pour abolir la distance d'un coup) es au moins en fac de Lettres je suppose, ou alors Russe (mais ça se serait entendu à son accent)?"
Et puis après une discussion passionnante sur la poésie ou peut-être Glenn Gould, ce pianiste génial que j'ai découvert il y a seulement quelques jours, ou sur l'Europe qui s'effondre sous nos yeux (je peux faire un effort pour parler de choses qui me lassent quand la fille a de jolis nénés), ou sur la crise de priapisme qui m'a tenu la queue raide pendant des heures la semaine dernière, on se serait séparés, soit parce qu'elle était trop moche pour que j'aie la motivation de la draguer, soit parce qu'elle était trop belle et que la tomber aurait pris du temps, et que le temps m'oppresse sérieusement à chaque arrivée de l'automne. Ca aurait eu la gueule d'un bon moment, gratis, sans but, un doux intervalle, un impromptu chopinesque...
C'est l'inaptitude au bonheur qui fait de certains d'entre nous des artistes? La conscience accrue de la mort alliée à l'envie de défier la Création?
Des êtres défilaient devant moi.
Des êtres défilaient devant moi.
Tu es anonyme, frère, masqué, peinturluré par l'apparence de vie qui t'absorbe et t'éponge d'une lenteur féroce, et tu es emmuré dans cet angle de rue, oublié dans mon songe.
Avignon et moi, nous nous dévorons l'un l'autre, vieux couple rongé de routine, lassés de se voir, mais amants pour encore longtemps, parce que l'habitude, parce que les liens... Toutes ces vies sans substance, je compatis, je les plains, est-ce qu'il me plaignent, eux? non! et alors! ils ont quelque chose de moi, j'ai quelque chose d'eux. L'Afrique du Nord se libère sous nos yeux européens, l'Europe s'effondre dans un avachissement de sa monnaie (qui n'aura été la Panacée que pour quelques malins); le vieux rêve de Monet, de Schuman, a du plomb dans l'aile. On nous a enseigné que grâce à cette chimère politique nous connaissons la stabilité, nous ne nous sommes plus faits la guerre... oh, c'est bien beau! on doit plutôt cette accalmie à Hitler, c'est lui le Père Fondateur de l'Europe aujourd'hui moribonde, c'est un rêve né du sang, des génocides, des Panzers! Bref, je vais pas vous mentir, si j'angoisse ce matin, c'est pas pour l'Europe! L'euro pourrait demain avoir moins de valeur qu'une pièce en chocolat, ça changerait rien à mes réveils! il resterait autant d'hommes, de femmes, de clodos, de rats coureurs dans les rues d'Avignon, de Paris, de je ne sais où! autant de poésie que de lièvres à lever. Je me sentirai toujours plus proche de Diogène et de Nietzsche que de Platon! Ivre ou en train de cuver, je veux dévaler la pente de notre chute, en tonneau, et vous regarder rouler avec moi, éphémères compagnons de nos vies minute, dans notre siècle minute. Minute!
Minute! prenons le temps. C'est à l'arrêt, conscients de notre respiration qu'on perçoit le monde, sa respiration à lui, sa musique. Je tire le frein de mon tonneau.
Mais où suis-je?
Dans un autre bar, à Paris. Un café, face à la gare de Lyon. Ah! j'écris n'importe comment! je vous trimballe sans prévenir, de bar en bar, de ville en ville, mais vous arrivez à suivre, non? ils seraient pas très contents mes professeurs que j'écrive tout au présent comme ça -mais c'est la vérité le présent!
Là, au-dessus de moi, au-dessus des gens qui ne le voient pas, un petit morceau de rêve traverse, perpendiculaire, un sentier aérien laissé par un avion à réaction, chacun dérive et s'éloigne dans le lagon qui culmine sur nos têtes. Il est beau cet instant, c'est peut-être pas de la littérature, mais ça me suffit bien. Ma soif de vie ne réclame pas grand chose d'autre: je glane des petits infinis par-ci par-là avant la nuit voie de garage qui ouvre sa gueule de velours non loin.
Trente minutes passées avec un violoniste impromptu, là, à "La Consigne", rue de Lyon, Fayçal, que je ne reverrai jamais, me sont bien plus agréables que la nuit dernière dans le 7è, sous les ors d'une ambassade, à participer à la rentrée littéraire d'une maison d'édition. Je suis pas bien sérieux, c'est vrai. Hier il fallait briller. J'en avais que foutre. Pourtant le vin était plutôt bon, la directrice de cette maison très chaleureuse, même jolie, et y avait du beau monde... tellement de types et de femmes aux bras longs que je me sentais comme un plongeur en apnée au milieu d'une tribu de pieuvres. Mais gentilles ces pieuvres, y a pas à dire.
Sûrement qu'il a fait la gueule mon poto, lui qui s'était gentiment démerdé pour m'introduire dans ce grand bazar. Il mise sur moi lui, y croit qu'il a trouvé le bon cheval, que dans toute la mélasse publiée y a de la place pour son copain poète impudique qui raconte sa vie avec un peu de talent. Faut dire, il y connait que dalle à la littérature, ça excuse. Six mois qu'il prépare le lâcher de son canasson dans le grand hippodrome parisien de l'édition. Ah il avait bien ficelé son coup faut reconnaître: je me suis retrouvé invité à bouffer avec les organisateurs de l'évènement, assis à côté de Mme la directrice et tout! Des millions d'euros à la table! une dame de France Culture, bien connue et sympa! Deux auteurs! Des convives maçonniques, tout le tralala! Ben j'ai rien trouvé à leur dire. On peut même affirmer que je me suis royalement fait chier. Le steak tartare était pas dégueu, c'est à peu près tout ce que je retiens. Faux départ, l'étalon. A les écouter les uns et les autres balancer leurs rencontres, anecdotes avec tel ou tel grand auteur, les questions fines qu'ils ont eu la pertinence de leur poser, ou les blagues de Mr le directeur financier de je sais plus quoi (lui il me semblait autant à sa place que moi à la messe du dimanche matin), je regrettais vraiment que la jeune auteure avec qui j'avais discuté une heure plus tôt ne fût pas là avec nous. Ca c'était intéressant, valable. Un moment de grâce, en comparaison. Vingt-six ans, déjà trois bouquins! En voilà une bonne jument! Au pot qui suivit la présentation des romans de la rentrée, j'avais remarqué qu'elle paraissait aussi seule que moi, intellectuellement s'entend; en plus elle est anglophone et c'est bien connu, les Français sont pas très fortiches en langues étrangères. Et puis des quatre lectures, c'est la seule qui avait retenu mon attention. Pas trop mon style l'histoire, un machin de maison hantée, du fantastique à la Henry James disait le quatrième de couverture, un truc de gonzesse quoi, mais de ce que j'avais entendu, y avait du style là-dedans, un souffle, une intelligence. Moi ça me rappelait plutôt Shirley Jackson qu'Henry James, alors je l'ai abordée au nom de cette dame-là. Banco, ça l'a fait de suite. Elle m'a sorti de grands yeux tout ronds, sa face s'est éclairée:
-"Oh! You know Shirley Jackson? Yes, it's one of my favorite authors!"
J'ai jamais lu "La maison hantée", ni "Nous avons toujours habité le château", mais je sais que c'est des références du genre. Le grand Stephen King en faisait la papesse du fantastique.
Enfin je pouvais parler littérature.
La jeune était fan d'Emily Dickinson, de Brontë, de Blake! Ah l'oasis! Ah la fraîcheur d'une brise dans le désert! L'oxygène! Je tournais plus du tout en rond, j'étais dans ses yeux, dans sa joie de discuter enfin de quelque chose! Et Bukowski! Et Fante! Ah, on aime les mêmes écrivains! Le style! Oui, le style! Et voilà qu'elle me demande si j'aime Céline! Si j'aime Céline? Mais c'est toi que j'aime ma petite! Bien sûr, c'était un connard, un affreux le Céline, mais le plus grand écrivain du XXè! ou tout comme! Oui, moi aussi je gribouille, mais des petites nouvelles de rien du tout... Ca n'intéresse encore personne, et puis ça intéressera peut-être jamais une seule maison d'édition, et qu'importe! Quand on écrit, c'est qu'on est pas, ou plus foutus de faire autre chose! On a goûté au fruit défendu, tout le reste c'est de la nourriture pour chats et chiens à côté! On a commencé à écrire tous les deux au même âge elle et moi: à huit ans. Ca laisse des marques. Elle me confie que l'année dernière elle avait résolu d'arrêter ça, que ça la rendait folle le tourment de la littérature. Comme je la comprends! Ca me la rend encore plus sympathique: c'est un signe ça, qu'elle ait voulu stopper pour préserver sa santé mentale, ça veut dire qu'elle est intègre, qu'elle s'investit dans son travail, qu'elle y met ses tripes, son âme. On parle de l'âme d'ailleurs, et je lui dis que ça fait pas longtemps que j'y crois à l'âme, j'y crois depuis que j'ai découvert qu'on pouvait, et qu'on devait la fabriquer cette machine-là, qu'elle était pas offerte à la naissance avec les bras, les jambes et le carnet de santé. Ca l'intrigue, ça lui parle cette considération métaphysique. Elle met un poème sur la table, un poème qui parle de ça: "A few words on the Soul". Promis, j'irai voir. Parlons poésie! C'est ma came! Neruda, elle adore! Mais elle connait pas Machado! Alors ça, c'est pas possible. Il faut absolument que tu lises "El caminente", ça c'est important, tous les artistes doivent le lire, ça c'est ma certitude:
"Caminente, no hay camino, el camino se hace al andar"
En voilà une parole vraie, affirmée, et qui fait du bien! Ca rassure: y a pas de chemin, y a que nos pas, la route c'est nous, point barre, le reste c'est du vent sur le sable qu'on a foulé. Point barre. Comme elle lit pas l'espagnol je lui promets de lui en faire une traduction, même si je suis pas un cador en Anglais, et puis tiens, je lui enverrai un petit texte à moi, un sonnet sur une maison vivante, ça me fait plaisir. Y a que sur un point qu'on est pas d'accord. Je lui avoue que ma seule ambition en poésie, c'est de la faire aimer à ceux qui n'aiment pas. Là elle fait un pas en arrière, roule de gros yeux et m'oppose:
-"No, you have to write poetry for those who have nothing else in their life!"
(Je cite de mémoire hein, désolé je vous l'ai dit, je suis pas super fort en anglais!)
C'est bien mignon. Elle est charmante cette fille, touchante.
Avec les clodos, quelques fous, y a bien que les écrivains ou les musiciens avec qui je puisse parler sans ressentir comme une gigantesque nausée grimper en moi, du plus profond de mon être, au bout de quelques minutes de discussion seulement... Pourtant je fais pas de manières, je jure! c'est pas du snobisme, faut pas m'en vouloir. Avec les autres j'ai toujours l'impression que le sol va me bouffer, que je m'enfonce dans les sable mouvants de mon propre vomi, de mon inadéquation, et même, je le souhaiterais tellement je me sens mourant! Et ça, j'ai bien peur que ça change jamais. Publié ou non. Elle est là la folie, bien ancrée, viscérale. Pourquoi y a autant d'auteurs qui se suicident? hein? Publié ou non, ça change que dalle, la preuve, la petite là, elle est éditée depuis ses dix-neuf ans, ben ça l'a pas empêchée de craindre devenir tarée l'année dernière. On est fichus pour la vie standard, c'est comme ça. Publiés ou non, reconnus ou non. C'est de la gnognotte ça, ça soigne pas l'âme qu'on s'est fait chier à se bâtir, on a la bombe bien logée dans nos entrailles et un jour, paf.
Moi aussi, quand j'aurai un vrai livre avec une couverture et tout le tremblement, j'irai le jeter au loin, à l'horizon mon foutu bouquin! quoi que j'y ai mis dedans, et ça fera de la poussière -oui Mr Fante, de la poussière, moi aussi, qui s'élèvera de la terre et qui se mêlera aux étoiles, là haut. Pouf. Toute émotion en charpie, en volutes montées depuis mes traces impermanentes au sol, depuis mon calvaire adoré, pour rejoindre la mélodie inaudible de l'univers, avec mes amours muettes, mes souvenirs inoculés dans les veines du grand vide, petites considérations comme des bulles de champagne dans l'alambique conscience de quelques uns aussi paumés, labyrinthesques que moi. Amen.
Dans moins d'une heure je retourne chez mon amante, Avignon. J'y verrai Esthera, Desdichado, la princesse Mystère, mon chat Argos, mes bouteilles de whisky. Je recommencerai à claudiquer dans les rues flanquées d'écumeuses existences, ces rues comme des cordes effleurées par un archet grinçant tout bas les notes qui me font saigner de joie en compagnie des fantômes rieurs dont je traîne le boulet -ce trésor cher à mon coeur! avec les beautés dégoulinées depuis mes paupières jusqu'au béton sous mes pas, et mes traces sinueuses qui s'évaporent au fur et à mesure que je regarde ailleurs. Je retrouverai mon vacarme et ma solitude cathédrale, où j'irai prier, bon ivrogne, pour quelques pieuses révélations aussi vite oubliées qu'elles se seront imposées comme des flashs. Un éclair dans la nuit, aperçu du coin de l'oeil et dont on doute aussitôt de sa réalité. C'est qu'on veut croire! On les cherche les éclairs! Des éclairs de quoi? mais des éclairs de sens! du sens de quoi? Mais de quelque chose! peu importe quoi! si au moins on avait une idée, si au moins! on l'inventerait le truc auquel croire, comme Dieu! Seulement non, c'est juste là, un coin d'ombre qui scintille dans notre volonté de comprendre, volonté de pas être seul dans notre caboche, et ce truc qui appelle depuis nos circonvolutions, étoile éloignée qu'on devine à peine assis sur une dune, sous la voûte infinie de nos désirs informulés, à attendre une pluie d'espoir, un rideau d'aurore boréale qui s'ouvrirait comme au théâtre ou à l'opéra, pour nous faire entendre une symphonie qui devrait nous chauffer le coeur pour toujours, ça ferait un souvenir inoubliable qui sans peut-être donner de direction à nos méandres, en ferait reluire les parois, la surface! qu'on ait quelque chose de beau à raconter ensuite, même si c'est un peu niais, inexplicable et pas très scientifique! une coalescence entrevue aux jointures des cellules, de l'être! une surbrillance qui exciterait la curiosité! même s'il faut pas tout dire, oh non! faut pas tout dire, faut pas gâcher, faut laisser du mystère.
Je vais monter dans mon train, avec mon petit morceau de puzzle mystère, rejoindre l'autre pièce qui colle pas avec la première, je vous aurai laissé un bout d'inachevé entre les mains, chacun regardant ses pièces qui s'emboîtent pas. On pense à la colle "amour" pour agréger tout ça, agrégation périssable! magique! quelques secondes... comme quand on tourne la dernière page d'un conte avec un peu de merveilleux qui nous envahit nos pensées, qui caresse la Grande Enigme qu'on se trimballe, avec la rumeur de la poésie imprononçable, la petite lumière dans l'embrasure, devant, là, de la poussière! là devant! un instant! déjà partie... pffuit! mais c'était bon de la sentir exister.