Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le dû et la fin
Billevesée
de la poésie
j'ai cherché, promis
du bout des cils collés aux vitres
des champs expérimentaux
débordants de coquelicots
pavot du pauvre
de bras, de jambes, anéantis de bonheur
j'ai tendu la main
pour salir ces fleurs
et tout a basculé, la terre fraîche
les axes, l'équateur, les tropiques
en sinusoïdes coup de fouet
essence de colchique
évidemment mon coeur s'est arrêté
machinalement, crouic
C'est le travail du diable qui m'inspire au réveil!
quand l'envie coule sur ma petitesse
quand parfois on cherche Hortense
cerclés de solitude, brimés par le soleil
Les teintes obscures nous défigurent souvent
c'est vrai
et l'abîme au visage creuse un tas de sillons
aussi
alors nous ne sommes plus exactement humains
pardi.
De mes doigts monstrueux je lacère vos pétales!
substantifique moëlle, je caresse des horreurs
la sangsue alitée de mes vieux professeurs
et l'antique instrument au sexe phénoménal
C'est tout?
on vit pour moins que ça
billevesée de moi
de la flûte de pan et de tous les pianos
et si mes tripes nouées jetées au creux des murs
ravissaient Duende planqué dans les fissures
je me serais buté pour un truc assez beau.
Billevesée, billevesée de mes alexandrins!
de ma quête acharnée, de vous parler enfin
l'inutile nécessaire pour supporter de vivre,
ma tombe un beau matin resplendira de givre.
_____________________________________________________
Il fallait la voir
Belle douce et froide
comme la mort
insensible et cruelle
idem
comme le givre tombé
sur un visage fin
inéxorable filet de soie
qui vient envelopper
évidente et atroce réalité
une heure
après l'orgasme
rien qu'à la contempler
Toute la glace contenue
sous la peau surgit
en infimes morsures
sifflées dans l'air
à la voir comme ça
belle douce et froide
comme la mort
beauté léthale étalée
Inéxorable
amour
enveloppe
givre tombé
évident orgasme
et glaciation
sur le derme
raide comme un drame
sifflement dans l'air qui chiale
elle est belle comme la mort
en fait
c'était la Mort.
___________________________________________________
N'habite pas à l'adresse indiquée
Ouaip ouaip ouaip
qui fait le poète?
sûrement pas moi
j'ai trop peur
de ce qu'en pensent les concierges
de la conscience partagée
sur les sordides paliers
qu'elles assombrissent de leurs cierges
moi je l'ai déjà dit, ignominieusement
je suis l'absurdité roulante de la nuit
blasphématoire et lâche et de mon doigt qui luit
je me plais à pointer nos touchants accidents
Ouaip ouaip ouaip
pour la classe, voyez ailleurs
dans la section supérieure
des esthètes!
j'ai vu des prophètes pourrir
accrochés à la lumière
d'un vieux dieu malsain, leur père
j'ai vu des poètes pourrir
nous sommes des cancrelats cuistres et calculateurs
courant sur les cuisses d'Aphrodite effrayée!
et nous pérégrinons, beaux insectes rayés
au son des hurlements et des cris de stupeur
Ouaip ouaip ouaip
il faut endosser
toute notre laideur
quitte à engrosser
une muse tordue, un cep
honteuse et pas regardable
la fille ratée du diable
non ça ne me fait pas peur.
_______________________________________________
Mise au point nécessaire
Je fais de la merde
tous les matins, enfin j'essaie
c'est pas tous les jours facile quand on a
un peu d'ambition
reconnaissez ma performance, monsieur, madame, mademoiselle
elle ne pue pas autant que celle de Bukoswki,
j'en suis conscient
j'y travaille, croyez-moi, j'y travaille
de toutes mes entrailles
nouées, emberlificotées, ratatinées des fois
par ce qu'on subit
ce que VOUS me faites subir
ce que je ne parviens pas à vous faire bouffer
malgré un acharnement qu'on ne peut me contester
donc
Je fais de la merde
torsadée, mise bout-à-bout
en alexandrins, octosyllabes, pentasyllabes de caca
ou en étrons plus libres, moins constipés
parfois, en petit pets d'encens
en fuite d'esprit éventé pour fleurer jusqu'à VOUS
c'est mon fil, mon arme
ma bataille
si, à une réception, une sauterie, un vernissage
une partouse
quelque nauséabonde émanation vient à VOUS effleurer
ne demandez pas d'un air faussement amusé
qui a dissimulé pareille abomination abdominale
elle sera mienne, et assumée, j'y mettrai un point d'honneur;
donc
Je fais de la merde
toute la journée, quand je suis en forme
je me lave le moins possible
je veux exceller dans l'excrément -à Dieu ne plaise, ô lecteur
et ne crois pas à une lubie de poète, non je parle de puanteur
de ces amas excrétés depuis nos intestins sur l'océan parfait
de ton imagination
de chiure malodorante à la dérive
-comment? ce n'est pas digne? pas aimable?
voilà une bien drôle de manière de remercier le divin!
mes crottes sont divines, toutes les religions sérieuses s'accordent là-dessus
je ne demande pas qu'on applaudisse ni qu'on se prosterne
ni qu'on en fasse des reliques
reconnaissez seulement mon application,
donc:
Je me concentre, je bande mes muscles
et libère mon sphincter, son énergie et
et
voilà.