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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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L'étoile des toilettes

 
("là où ça sent la merde, ça sent l'être", Antonin Artaud)



  Chut... Chut... Regardez-vous, regardez-moi, observons notre chute:

  Je vous vois
vous êtes comme moi
jasmin puant flanqué au béton du hasard
je vous sens
ça vient du fond des intestins tirés jusqu'aux toits,
et le lierre entre nous palpite en frémissant
quand parfois tout petit vent sourdine le RESTE
le reste parasite
blablabla fourchettes claquées sur l'assiettesque enfer prodigue
le reste vrombissant des pots d'échappement, échappatoire de l'être
le reste des anus roteurs qui rouspètent
mais tout petit vent sourdine
et je vous entends
je vous cherche sous l'étoile des toilettes

  Bon si je dis de l'incompréhensible
inter faeces et urinam nascimur
INTER FAECES ET URINAM NASCIMUR!
c'est pour celle que ça excite
je hurle URINAM NASCIMUR pour la lointaine princesse parisienne
post apocalyptique qui mouille dans la pestilence de l'urine
parce que je cherche des hommes et des femmes
sous l'étoile des toilettes
grésille faible étoile
                            grésille...
quand j'ai fini de chier du sang et que je me lève vite, moite, humain
ça fait comme une constellation
je voudrais vous vouer à l'inutile
contemplation des cunilingus du ciel

  (Je vous vois à travers le trou de la serrure
assis sirotant votre ventre
c'est ça que je cherche avec ma lanterne
sous l'étoile déjà morte des toilettes
puis nous dériverons, nénuphars croupis exilés dans la mer
petits restes de nous, froissés, exsangues aux os liquéfiés
sous les paupières refermées d'en haut, cils caressants les morts
tout ça c'est pour nous, ces bonheurs cadavériques
d'ici là, d'ici à l'au-delà qui drape les âmes tranquilles
d'inodores, d'insipides prairies incolores, indolores
je meurs de prendre le temps
je cherche la racine
sous la voûte plantaire
des pieds qui puent, qui suent crispés sous l'étoile des toilettes)

  L'interrupteur tuera la lumière
lanternes et réverbères
jaune chaud glisse sur la peau
mes congénères
des courbes nous dessinent dans le vomi bleu de la nuit
téton rose interrupteur pincé FORT
 - Gueule de la poésie sur le violon de ton vagin!
y aura tous les liquides primordiaux, promis, tous les liquides
de la mélancolie
qui huilent le corps
comme la lumière descendue tout contre la chair
et on s'affale sur le noir brillant de chépakoi au sol
au sol, au sol, c'est la clef de la musique: shlouf, corps effondrés
sous la bienveillante étoile des toilettes

  Mais ce n'est pas tout
car je vous vois, et vous êtes comme moi
la violence nous fascine, ne simulez pas de frisson
fascinante violence
orgasme de l'âme expulsée
fascinante violence
animal chante en nous, notes écrasées, pures, dissonnantes et vraies
fascinante violence
des caresses écartelées jusqu'à la DIS-lo-ca-TION
fascinante violence
mal au ventre et verge tendue dans l'oubliette
fascinante violence, amour indissociable
dans ton dos, toi à moi: notre crasse exécrable!
elle nous aura lavés, l'étoile des toilettes.


                                                                      

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