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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:01

 

 

  Comme je m'effarais auprès d'un vieux canal
épongeant les odeurs infectes de la lie,
trainées au long des rues sous un soleil banal,
j'entendis au lointain cette mémoire enfuie:

  "-Toi, l'inculte, idiot, ami privé de sens,
de l'aube du destin jusqu'à la poigne atroce
qui couvrira tes yeux au dernier contresens,
tu fuiras le bonheur comme un monstre féroce!

  -Et si des clapotis lapent, joyeux, ton corps
nu et offert au vent, pavé froid sous la pluie
tu fermeras la bouche en crispant ton effort
pour rester insensible à leur grave antalgie;

  -viens, parlons de l'amour, cette denrée d'horreur
qui infuse au cerveau sa langoureuse essence,
le poison séminal qui fait gémir la fleur
au parfum apaisant à toute autre existence:

  -tu le regarderas comme un singe un chapeau
électrique et pointu, comme un pou voit le chauve,
et gratte-toi la nuque à t'en percer la peau
puis relève la tête en hurlant ton cri fauve;

  -du ciel zébré, violet, moucheté d'émotion
crachée depuis le sol en gerbe colorée
tu seras le soumis envieux de commotion,
l'Autre Christ inutile à la plaie mordorée.

  -Je vais chanter pour toi, face aux portes du deuil
devant les Saints salauds et intimer aux chiennes
de poursuivre tes pas, de baver jusqu'au seuil
des paradis fermés par les lourdes persiennes;

  -parfois tu banderas en brandissant le poing
quand une muse blême, outragée, abusée
t'ouvrira son entraille et pointera son sein
rose et fantomatique à ta langue embrasée.

  -Ecoute mes conseils jeune rampant véreux
il n'y a pas d'issue à ton chemin bitume
ton ventre aura saigné, ton coeur sera heureux
de ces épanchements semblables à l'écume

  -tu vivras ton naufrage emporté par les flots
marbrés et hérissés de vermeil, de sourires
il sera doux pour toi, le noyé des pavots,
d'étouffer en ces fleurs que feront tes empires

  -et la sirène noire emportera ta main
chantant la perfection, l'étoile à qui l'on donne
ses espoirs d'absolu: la terre à jamais loin;
entends toutes ces voix, mais n'écoute personne.  
 
  -Ta mort viendra bientôt dans un hiver flambant,
aux aurores gercées brilleront tes abysses
et tu verras pourquoi aux ambres du couchant
je t'interdis toujours d'en cueillir les narcisses!

  -Voilà, j'ai crachoté sur tes rêves mielleux
l'acide trop réel qui trouera ta carcasse,
ce jus des astres noirs dont tu as fait tes dieux,
petit dévot crétin, maintenant je m'efface".

  Enivré comme un fou de liqueur délirium,
humant l'air âcre et gras comme une providence,
le flux brun du chenal évapora son rhum
dans mes nasaux bouffis battus de pestilence;

  je courais sur la pierre anoblie par le temps,
polie grâce à l'errance, imberbe d'autres âmes
et cette solitude engorgée de parents
tous hurlant leurs mots secs, adoucissait mes drames;

  le remugle des eaux dessina des serpents,
des voluptés chimère, entrelacées, sexy
distillant sur ma peau un bouquet stupéfiant,
une laque moirée au reflet mélodie.

  Je vis tourner des roues sur le fluide incertain
éclaboussant ce fil de leur bois de mollesse:
les lèvres au lichen, salivant de satin
fécondaient de lenteur cette étrange grossesse!

  Mais je n'étais plus ivre, un choc me culbuta.
Les aubes vermoulues chuintaient dans leur sillage
un funeste dessein: l'adoré placenta
germerait d'un cadavre, et voilà le message.

  Univers! je te vis pour la première fois
foutre glacé, moderne aux grandes tours de verre,
des étoiles fichues sur notre ciment froid
perclus d'absurdité commerciale éphémère.

  Partout des mendigots salis d'un sentiment,
esseulés dans la soupe avide de charogne
éclopés du carnage abouti du vivant,
que la ville engloutit, et en plus, elle grogne!

  J'en ai eu de l'amour! juré, craché, promis!
comme un cancer brûlant qui agitait mes tripes
ce repas quotidien de mes membres vomis,
dont le regard ému s'accrochait à mes fripes.

  Moi, je suis un déchet identique à ces trucs
terrifiant la nature aux abords des rivières,
chiés d'un sacrifice, enflés, grisés, caducs;
plusieurs fées sont tombées dans mes mains ordurières!

  C'était un soir d'automne entre vie et trépas
entre un pacte et un songe arraché à Pythie,
toute l'Olympe à nous! et toi, tu me frappas,
le non-dit somptueux, de ton oeil dynastie.

  L'opium du crépuscule enserra mon tourment
quand un givre limace, extase et chair de poule,
habilla tout mon être offert à ce serment,
des grimaçantes nuits en figeraient la houle...

  Ah... Licorne et Pégase à l'envol arsenic!
j'observais vos ébats, une geste irréelle,
chutant, béat, au gouffre, écarlate alambic,
de ce détroit meurtri de splendeur éternelle.

 

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Published by ignatius
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commentaires

Anna 16/08/2012 21:47

J'aime ce texte. Il me ramène à plein de lectures (le narrateur du début pourrait bien être l'Hilarion de la tentation de Saint-Antoine, il me semble...) et puis c'est toujours un subtile mélange
entre cette esthétique du Mal et l'envie de respirer un peu de Ciel... vraiment, une belle plume et un bon moment qui me donnent envie d'y retourner.

ignatius 17/08/2012 10:51



ben il est un peu calqué sur le bateau ivre, évidemment. Mais c'est un texte assez hérmétique pour pas mal de gens, ce qui est normal, il parle de mon rapport à l'écriture, mais on peut le
transposer sur n'importe quelle pratique artistique. Je dis seulement qu'il y a beaucoup de choses à sacrifier pour arriver à créer quelque chose. content que ça t'ait plu...



el duende 10/08/2011 23:48


"dans un état étrange" : tu vois que tu sais quand tu es "due":-))


ignatius 11/08/2011 12:47



Je te dirai à quoi correspondait cet "état étrange", tu vas rire (ou non). Pessoa raconte que ses premiers poèmes il les a écrit en pleine nuit, tiré du lit, et que, pris de transe, il composa
une dizaine de poésies (qui je crois sont dans mesagem), debout, penché sur un recoin de table de chevet.



Nounedeb 10/08/2011 17:36


J'ai perdu. Je ne sais rien. Intuitivement, je ne sais pourquoi, cette phrase me disait Shakespeare. Te connaissant un peu, j'aurais mieux fait de dire Bukowski, Leopardi,...Lautréamont ( ici un
émoticône rougissant): on trouve tout sur le net. Je fais voeu, lorsque j'aurais fini de lire "Le dit du Gengi", de me pencher sur "Les chants de Maldoror", et de mourir moins sotte.


ignatius 10/08/2011 18:09



Et bien voilà, banco. Brava Noune! C'est le passage des Chants de Maldoror que je suis en train d'apprendre ("J'ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les
familles").


Tu as donc gagné quelque chose. J'ai bien une petite idée, mais je dois encore y réfléchir. Je vais d'ailleurs de ce pas retourner à la mémorisation de ce passage des Chants.



Nounedeb 09/08/2011 19:39


La naïgnare fait profil bas.


ignatius 10/08/2011 12:26



Moi, à elle, avec une figure triste: "tu peux te relever".


Un cadeau si tu trouves d'où j'ai tiré ce vers!



Nounedeb 09/08/2011 14:44


Je suis sensible aux rythmes. Je trouve un pied de trop. A moins que tu ne chantes "fluide" que sur deux temps. Je trouve que ça coule mal...


ignatius 09/08/2011 16:42



Sur ce vers, ce que tu appelles de tes voeux est une diérèse, j'en fais une au vers 5 dans "toi, l'inculte, idi-ot, [...]), pour appuyer sur "idiot", mais là je ne vois pas l'intérêt d'appuyer
flu-ide, qui rendrait le fluide moins fluide, si j'ose dire. En l'occurence, étant suivi de "incertain", le "fluide" ne prend même plus deux temps, mais un seul "[...] sur le fluid' incertain".
Les diérèses sont toujours sujettes à débat, caution et surtout à la façon de les lire...



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