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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 18:04

 

  Etrange famille, oui! frères fous et pervers
dont le corps transpercé des pieds à la poitrine
de branchages pourris, d'épines à l'envers,
de myosotis hurlants, arborait leur doctrine.

  Leur face! parlons-en! des circonvolutions
torves en surbrillance, à rendre épileptique!
même leurs mots nourris d'horribles champignons
crachaient une lueur terne et stroboscopique.

  Mes soeurs, ce n'est pas mieux... Enfuies depuis l'Eden
pour ce qu'elles savaient au sujet des Trois Grâces,
des ailes de serpent hantaient leur abdomen;
à vous d'imaginer ce qu'enfanta leurs races!

  Pourtant c'était des coeurs doux, de nobles esprits,
leur giron, un terreau de racines aimantes...
mais comme qui dirait, un ver bouffait leurs fruits
aux yeux de l'Univers qui maudit ces amantes!

  Passons sur nos parents, laissons-les respirer
la poussière tranquille, infinie, de leurs tombes;
ils ont bien trop souffert, qu'ils aillent s'aérer,
ces gentils rossignols, aux frais des catacombes.

  Je pense à nos repas, lorsque, morts et vivants,
chair en putréfaction -bien sûr! mais somptueuse!
unis devant la table, exhalant nos relents,
nous mâchions notre peau de saveur onctueuse...

  Et ce qu'on se marrait, nous, les fiers estropiés
en évoquant le dieu Orgueil chié sur son trône
de fange et d'ossements qu'il battait de ses pieds,
ce sale gosse aphone oublié dans sa zone!

  Puis venait le dessert qui nous faisait piaffer:
un lombric vert, au miel, trempé dans l'amertume
et baigné dans le sang d'une muse à l'effet
ineffable et grisant pour notre tête enclume.

  Après, venaient les jeux: meurtrir un séraphin
à grands coups de marteau ou percer le mystère
de l'espace étoilé en projetant un chien
vertueux et croyant sur un astre calvaire...

  Ah, quelle belle enfance! et quand suintait le jour
au bas de l'horizon, entachant la pénombre,
nous nous changions en ceux, pareils aux gens autour,
autre genre de monstre: issu du plus grand nombre.

  Etrange famille, oui! ne vous étonnez pas
aujourd'hui que le ver est devenu adulte
de me trouver difforme, atroce cancrelat
qui chante son ancien et fabuleux tumulte!


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Published by ignatius
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commentaires

Nounedeb 21/08/2011 15:11


Avec la clef que tu m'as donnée pour comprendre autrement, je l'aime encore mieux.


ignatius 22/08/2011 12:34



Je crois qu'il est assez obscur en fait pour pas mal de monde, j'aurais peut-être pu laisser plus de clefs dans ce texte... il est possible que je le reprenne...



lizagrèce 21/08/2011 12:29


Sans les histoires de famille on aurait pas de psychanalyse !


ignatius 22/08/2011 12:33



moins de sensibilité, moins de folie en effet, et puis on recherche toujours des tas de nouvelles familles...



Nounedeb 18/08/2011 17:40


C'est le privilège des textes riches que leur polysémie (hein!). Chacun y trouve un sens, et au fur et à mesure des relectures, celui-ci peut changer. Il se trouve que ça me parle très fort...


ignatius 18/08/2011 17:52



Tu avais donc, comme moi, une famille polysémique! Toutes les familles sont folles je crois... C'est même ce qui nous sauve, nos nevroses! sinon qu'est-ce qu'on se ferait ch*** après, on aurait
rien à dire... content que ce texte te parle tant (du coup, je suis curieux de ta famille!)



Nounedeb 18/08/2011 17:28


Ma rusticité me fait tout prendre au premier degré.


ignatius 18/08/2011 17:31



Non mais c'est voulu quand même, c'est bien un repas de famille, mais une étrange famille (!). Et puis je l'ai lu à quelqu'un qui l'a vu de la même manière que toi. Je ne considère pas que ce
soit raté pour autant, j'aime que plusieurs niveaux d'interprétation s'intercalent, sans pour autant rendre le texte abscons.



Nounedeb 18/08/2011 17:10


Repas de famille. Des ambiances particulières que tu me renvoies en pleine trogne. Et cet alexandrin qui coule et qui magnifie tout!


ignatius 18/08/2011 17:16



grâce à toi je viens de relire et de corriger une vilaine répétition vers la fin.


En fait, c'est drôle, mais si le sens évident est le repas de famille, en réalité je parle des moments que l'on partage avec les écrivains de son enfance, les poètes, poètesses (désolé) et leurs
muses. Ce sont ceux-là les repas, ceux qui forgèrent notre sensibilité.



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