Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Combien j'ai eu de vertiges ce matin
c'était dans le miroir du ciel -ma gueule
je pensais à vous, les autres, très chers -que je hais trop souvent.
combien j'ai eu de vertiges...
le passé s'est imposé comme une trombe
dans le lac étale de mon esprit
éclatant la ville, les toits, les sons vivants
et tout s'est brisé -ma gueule aussi, j'entendis le cliquetis de ces visions
le fantôme des joies, le vent des espoirs, le grincement des rires,
la viscosité des fêtes, l'horreur de l'enfance enfuie
cette tempête m'a entraîné loin
j'étais à genoux
mon corps sec, musculeux, frémissait comme un oiseau invincible
il me souvient que je chantais
un long hurlement enflait au mieux de mes artères
quelque chose, quelque chose en gestation, plus rien n'était pénible
et j'ai revu la mort, alitée, fatiguée, maladive et innocente
les fondations de la maison s'en étaient allées
je ne voulus plus être bon
mais un feu assoiffé
d'alcools hurlants,
d'innombrables yeux,
d'araignées sexy,
sans plus jamais croire aux aurores
et
le clocher du temps
ne sonna plus
j'ai fait alors ce que j'ai pu
en pensant à vous, les autres, très chers -que je hais trop souvent
ce n'était pas grand-chose
mais
dans les tournures le ciel
le craquement d'une métamorphose
des libellules en métempsycose
la pyromanie des comètes
je me suis calciné
dispersé en particules
au-dessus des villes, des fronts, des matrices
tout amour est coupable
voilà qu'au réveil comme si j'avais rêvé pendant un siècle
mes larmes avaient cristallisé
comme un remord infect
comme un retour infâme
j'aimais l'être et les flammes
les transformations mais
je n'étais plus que moi
nu et muet
le monde n'avait pas beaucoup changé
derrière mes paupières
vous tous, les vestiges et les cimetières
ah ce matin
combien j'ai eu de vertiges...