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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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1er juin, variabilité du lièvre éponyme



  Monsieur Blanchot est un infatigable coureur. Pourtant les spécialistes le nomment "lepus timidus", sûrement dans le but de tromper un peu plus sa femme, la hase. Il se différencie des autres lepus, ou rouquins, ou oreillards ou bossus -ou encore bouquins lorsqu'il s'agit de mâles reproducteurs- par un corps plus petit, des oreilles plus courtes, et bref, disons-le, à y regarder vite fait, on le prendrait presque pour un lapin. Ce n'en est pas moins un véritable lièvre, vivant dans un gîte et non un terrier, jouissant de quatre chromosomes en plus, bien qu'il partage avec le lapin cette manie peu ragoûtante de manger ses crottes molles au reveil. Afin que ces chers et si mignons  animaux ne perdissentt point trop en prestige, les scientifiques bien avisés ont décidé de masquer cette épouvantable pratique derrière le nom bien obscur de caecotrophie.


  Mais ce qui singularise franchement le lepus timidus de ses autres compères lièvres est tout autre chose. Son nom usuel est lièvre variable. Ce qui me semble d'une infinie poésie et me fait penser à quelque chimère apparue dans le règne animal comme surgissent les métaphores incongrues et piquantes au sein des descriptions d'Henry Miller. D'ailleurs la période de copulation du capucin (un autre nom du lapin aux grandes oreilles) est appelée bouquinage. Il est des champs lexicaux celestes dans lesquels ces petites bestioles aiment à se reproduire. Mais pourquoi varie-t-il ce diable de lièvre? Pour mieux se fondre dans la nature évidemment, et ces mues expliquent son sobriquet de "timidus". En effet sa livrée, ou pelage, varie. Grise cendrée lors des beaux jours, elle blanchit pour l'hiver; et le voilà qui trotte  insouciamment dans les étendues neigeuses.


  Redisons-le, il est assez mignon, surtout de novembre à mai: petite boule de poils opalins denses, il ferait merveille en porte-monnaie Dolce Gabana, aux mains de Paris Hilton. Il faudra seulement passer sous silence cette scabreuse affaire de petit-déjeuner aux crottes molles.


  Le blanchon n'est pas le seul représentant en lièvre variable. Il a un oncle américain, le lepus americanus, ou lièvre à raquettes, car il joue pas mal au tennis. Bien qu'invendable soit sa fourrure, et sa viande peu prisée, il n'en est pas moins apprécié des chasseurs, d'abord parce qu'il est facile à pister dans la neige grace aux empreintes de ses pattes en forme de raquette, et puis parce qu'il est mignon nous l'avions remarqué, et que c'est toujours drôle de buter ces petits choux bondissants qui s'affalent ensuite sans génie, sans un mot pour la patrie comme savaient le faire les fusillés de guerre du temps que l'on crevait avec panache. Jamais vous n'entendrez un quelconque lepus scander "vive la France, vive De Gaulle" alors que va se ficher dans son corps l'aiguillon fatal. De toutes façons, le lièvre a peu de constance dans ses idéaux, qu'ils soient politiques ou philosphiques. François 1er ne s'y était pas trompé lorsqu'il affirma ce mot devenu célèbre: "souvent lièvre varie. Et bien fol qui s'y fie."

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