Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Brassens avait cent fois raison lorsqu'il nous mit en garde dans sa fameuse chanson: "gare au dauphin hin hin hinhin".
En effet, cette oblongue créature des eaux jouit d'une réputation qui, au regard de ce dont elle est coupable dans la réalité, ne se comprend que par la peur qu'elle inspire en fait à l'homme. C'est pourquoi, au risque de me froisser avec Poséidon, je vais tenter de rétablir un semblant de vérité zoologique, si ce n'est pour nous qui avons tellement subit la propagande pro-delphiniste, au moins pour nos enfants à venir.
Il y a trente-deux espèces de delphinidae et cinq de platanistidae (que sont les dauphins d'eau douce). Trente-sept terribles prédateurs, dont le moins sous estimé est sans doute l'orque épaulard, effrayante ogive des profondeurs marines, fuselée comme un engin de mort, et qui dépasse fréquemment les soixante kilomètres par heure en état d'ivresse océane. Alors bien sûr, au premier coup d'oeil, avec sa bonne trogne de panda des marineland, on lui trouve un air bien sympathique. Je règlerai ailleurs son compte au panda qui, croyez-moi, est une belle charogne lui aussi. Mais revenons à la cruauté de l'orque; une simple lecture de ce paragraphe wikipédia achèvera de vous convaincre:
"Les orques sont opportunistes. Lorsqu’elles croisent une baleine et son petit, elles peuvent se mettre en chasse. Leur technique consiste à tenter de séparer la mère du petit en passant au-dessus d’eux, et en essayant de se mettre entre eux. La plupart du temps c’est l’orque dominante, la plus grosse, qui s’intercale entre le baleineau et sa mère. À leur tour, les autres orques dirigent le bébé dans les profondeurs pour le noyer. La baleine abandonne parfois son petit s’il est trop épuisé par la défense face à leurs prédateurs. Les orques ne mangent que la langue et la mâchoire inférieure des baleines."
"Les orques ne mangent que la langue et la mâchoire inférieure des baleines."
On en reste sans voix, et le coeur lourd après ça. Certains massacres historiques de notre race à nous passeraient presque pour des jeux d'enfants querelleurs.
Mais me direz-vous, qui prenez la défense de ce diable par atavisme, il s'agit là d'un véritable monstre, qui survécut au mégalodon, le cinéma nous a informé de sa dangerosité dans "Orca" par exemple. Ses petits cousins sont bien plus avenants, ils jouent avec nos autistes, ils nous jètent du "galack" au quatre heure... Propagande encore que ceci!
Si les dauphins ont bel et bien un néo-cortex, tout comme nous et les autres mammifères supérieurs, ils s'en servent principalement pour faire le mal. Très peu s'adonnent à la peinture à l'eau, et s'ils chantent, c'est le plus souvent en mangeant, et donc pour tuer. Je ne mens pas. Ces animaux baisent et tuent pour le plaisir, et pas par nécessité, c'est prouvé. Ils transpirent le vice et la barbarie, bien que ce soit une image, car ils ne transpirent pas vraiment.
La plupart des exploits accomplis par les dauphins sont pure légende, comme l'histoire d'Arion chez les Grecs. Lafontaine glissa dans sa fable un bel exemple de sauvagerie de ces psychopathes: dans le singe et le dauphin, ce dernier, secourant des naufragés, pris sur son dos un singe -car il le prenait pour un homme- mais le magot se trahit bien vite. Ni une ni deux, le dauphin noie le resquilleur et s'en va pour la gloriole sauver d'autres passagers. Je me réjouis au passage de ce que Doré n'attacha que peu d'importance à la représentation du saint bernard assassin: il lui colla une vraie tête de chien!
Mais ce n'est pas tout: la femelle est une mauvaise mère, elle n'hésite pas à confier sa progéniture à d'autres femelles aux moeurs plus ou moins dissolues pour aller chasser tranquille. Et je passe sur les infanticides, dont les cadavres ne sont ensuite même pas surgelés.
Alors je me console en crachant sur la mémoire de l'espèce d'eau douce du Yangzi Jiang, disparue depuis 2006 ou 2008. Ou bien en me préparant des bons sashimi au coeur de dauphin, c'est délicieux, il faut essayer. Quoique la bouillie ou la gelée ne soit pas mal non plus.
Mais la palme si j'ose dire, revient aux armées Russes et Américaines, qui dressèrent ces sanguinaires cétacés à piquer les plongeurs ennemis, ou bien carrément à se faire exploser sous la coque des navires grace à un dispositif de bombe placée sur leur corps. Hélas, la guerre froide s'est interrompue trop tôt et cet usage est tombé en désuétude.
C'est pourquoi, après ce réquisitoire en règle, et absolument impartial, chers lecteurs je vous en conjure, si vous croisez un dauphin, changez de trottoir, on ne sait jamais.