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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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24 février, irréversibilité de la fin des haricots



  Honte sur moi. Je manque à tous mes devoirs. Je viens de m'appercevoir que je n'ai jamais pris le temps de vous rappeler certains principes de base, sans lesquels il n'est nulle compréhension possible de l'univers, tant au niveau des boutons de chemise qui finissent par sauter, que des géantes rouges ou tout simplement de la fin annoncée des haricots.
 
  Cette loi est la plus importante de toutes, il est impossible de s'y soustraire, sauf quand j'ai pas bu mon café le matin, là il n'y a rien à faire, je n'écoute rien. C'est l'inexorable, l'irréversible, le non-négociable, la direction in fine de toutes choses. Les idiots congénitaux non-éduqués la nomment la mort, alors que les gens cultivés comme vous et moi parlerons volontiers de thermodynamique, voire plus spécifiquement d'entropie. On dit par exemple: ho ce pigeon en est à son entropie maximale quand, sur la route, on croise, gisant dans son jus noir un tagine de ce volatile décédé. Ou alors on fait "beuaaaark" mais c'est la même idée.

  N'allez pas croire que la thermodynamique n'est que ça. Ho la la, que non. C'est également ce qui explique que le glaçon fonde dans le verre d'eau, ou entre les seins de la voisine au decoletté pigeonnant, mais il va falloir arrêter avec ces pigeons, ça devient dégueulasse.

  La thermodynamique regroupe trois principes, dont les premiers semblent se contredire, ce qui est amusant, alors que le dernier reste controversé. Disons-le nettement: c'est le bordel, ce qui n'est pas étonnant. Mais on verra pourquoi.

  Le premier dit que l'énergie est constante dans un système isolé, qu'elle peut se transformer mais ne vient pas Ex nihilo ni ne retourne à rien. C'est, entres autres, Lavoisier.

  Vint ensuite Clausius et son second principe, nommé entropie. Quand deux systèmes procèdent à des échanges d'énergie, il se produit de l'entropie, qui va augmentant dans chacun des systèmes. Elle est irréversible et relève de trois phénomènes qui impriment la direction du temps, qui ne se retourne jamais: du déséquilibre vers l'équlibre, du maximum d'information à son minimum et de l'ordre au désordre. Voilà un argument pour les sales gosses infoutus de ranger leur chambre: l'entropie doit croître, quoi qu'il arrive il est vain de lutter contre, l'univers veut le désordre, et pour lui l'équilibre n'est pas une pile de tee-shirt bien pliés les uns sur les autres, mais au contraire des fringues jetées en tas. Qui sont le parents pour remettre en cause les travaux des plus éminents chercheurs de l'humanité? L'homme est arrogant. Mais l'entropie est tenace.

  Il reste un dernier principe, comme il me reste un dernier lecteur valide arrivé à cette ligne. On le nomma principe de Nernst, alors que si Pinnochio l'avait découvert, on l'aurait appelé principe de Pinocchio et laissé à l'état de conte.

  Nernst dit ceci: « À la limite du zéro absolu, température qui ne saurait être atteinte, l'entropie d'équilibre d'un système tend vers une constante indépendante des autres paramètres intensifs, constante qui est prise nulle, si possible. »

  Si possible. On comprend l'importance de cette loi. C'est  pourquoi je m'efface humblement devant cette requête: tendons vers une constante indépendante des autres systèmes intensifs, mais je vous en prie, je vous en conjure de toute mon âme, que cette constante soit nulle, merci.

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