Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Il y a bien longtemps que je n'ai plus craché mon juste fiel sur l'une ou l'autre de ces races animales qui batifolent sans pudeur sur notre belle planète. Il s'agira aujourd'hui d'une espèce bien connue, et observée depuis la nuit des temps, surtout la nuit d'ailleurs car on les écoutera volontiers copuler.
Il faut noter que cet animal appartient à l'ordre des primates, comme nous, que c'est même un hominidé, et que peu s'en fallut, à l'instar d'un néanderthal, qu'il prît la place de l'homo-sapiens-sapiens que nous sommes. Heureusement il est resté à un stade de développement inférieur et oblique par rapport à nous. C'est pourquoi il n'a su devenir aussi interessant et intelligent que nous.
Cette proto existence humaine, scorie de l'évolution que l'on regarde avec le mépris glorifiant de s'en savoir éloigné est bien entendu vous l'aurez compris: le voisin. Le bof, le con, bref, l'autre. Mais ne nous éparpillons pas avec les cousins de cette engeance résiduelle, focalisons sur les voisins. Comme ce connard qui vient d'ouvrir son volet pour me jeter sa face glauque et son oeil jaune à l'horizon étroit de ma fenêtre. Oui, toi: connard.
Voyeur, exhibitionniste, mesquin, bruyant, mal éduqué, donneur de leçon, admirateur du temps qu'il aurait dû faire ou grand pamphlétaire inspiré des abus de pouvoir du syndic, ou observateur politique aguerri, détenteur de son identité nationale à lui et surtout jamais là alors que j'ai besoin de cent grammes de sucre pour faire un gâteau.
Quand le voisin, nettement inférieur nous l'avons vu, habite au-dessous, tout va presque bien, un certain ordre des choses est respecté, mais parfois il marchera sur nos têtes, et là, la bienséance s'efface devant la necessité de le faire déguerpir, au moyen de coups de balais répétés au plafond par exemple. Mais le fusil marche encore bien mieux. Notons que de simples menaces de mort déposées chaque matin devant sa porte peuvent être efficaces sur un specimen impressionnable.
D'ailleurs, si tout le monde avait, une bonne fois pour toute, le courage d'éliminer ses voisins, ça ferait bien moins de cons sur terre.
Il y a cependant une exception notable, que l'on prendra soin de préserver de l'hécatombe: la voisine sexy. "Girl next door" dit-on dans la langue de Tiger Woods. Chez la voisine sexy une chose frappe immédiatement: son copain, on évitera de le croiser juste après l'adultère.
Bien sûr, j'ai gardé le pire pour la fin, il existe des voisins musiciens ou prétendument mélomanes. La simple survie à leur contact est mise en péril. Il ne faut avoir aucune pitié.
Alors vous comprendrez combien je suis aux abois, moi qui ai à l'étage du dessus une blonde nymphomane, s'essayant à tous types d'instruments, nuit et jour, de crescendo en decrescendo, a piaccere i senza tempo, glapissant sur sa trompette trouvée au bar et jouant et rejouant la panthère rose jusqu'à ce que ça rentre. Ho oui, ça rentre.
Je crois que je vais faire des recherches poussées sur les parents et grands parents de tous les voisins de mon quartier, contribuant ainsi à l'assainissement necessaire de notre beau pays depuis trop longtemps envahi de ce sang impur qui abreuvera bientôt nos sillons. Allons.