Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le Touche-cul
Il est horrible et parait aussi idiot qu'un lombric errant sur un pneu. Mis sur son 31. Chemise blanche, pantalon et chaussures chics. Pas de lèvre supérieure. Sans blague, on sait pas comment c'est possible, mais il a pas de lèvre supérieure. Parfois sa langue y pallie. Il a des attitudes et des gestes bizarres: tout figé, yeux globuleux, regard perçant, puis d'un coup il écarte les bras, les mains et ses doigts. Il se faufile derrière chaque fille pas trop vilaine, et là c'est comme un toc.
Ses yeux virent, obliquent et tombent sur le cul de la nana, il se voûte, sort un petit bout de langue rose qui lèche sa lèvre unique puis avance une main lente, précautionneuse et furtivement il palpe, ou tâte ou juste effleure cette paire de fesses qui l'obnubile tant.
Toute la soirée je le vois sacrifier à son manège. Il a dû en toucher quinze au moins. C'est son truc quoi, sa malédiction ou son bonheur. C'est compulsif et quand il fait ça, tout son être en est absorbé. Une vocation de touche-cul. Presque une mission. Peut-être une mission que Dieu en personne lui a confiée:
"Toi, mon fils, petit lombric idiot, tu iras palper des culs de gonzesses toutes les nuits, et si tu flattes le croupion de soixante-dix femelles de ta race, alors je t'ouvrirai les portes du Paradis, va, mon fils".
Plus que cinquante-cinq, allez Touche-cul, encore un petit effort.