Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Il en pouvait plus, depuis le réveil c'était comme ça: cuisant, obsédant, cuisant, obsédant... un cycle infernal avec des répits de seulement quelques dizaines de minutes, puis le sang se remettait à affluer au bas de son ventre, et surtout aucun moyen de penser à autre chose. La tête entièrement parasitée, occupée, soumise. Il s'était déchargé une première fois dans ses draps solitaires, avait déjeuné d'un bon café devant les infos -mais sans les voir, l'esprit et le corps déjà rançonnés par le besoin de jouir de nouveau.
Internet. Vidéos pornos. Evidemment. Heureusement qu'il y a cette manne de petites nanas empalées sur des sexes énormes! Après avoir posé son kleenex sur son bureau, à côté de l'écran, il put enfin se mettre à ce boulot de classification qui l'attendait depuis maintenant une quinzaine de jours.
Le temps était superbe ce matin: l'énorme téton rubescent du ciel pointait au-dessus des maisons en effleurant quelques bribes de nuages alanguis; l'air était tiède. Il réussit à se concentrer près de dix minutes sur son travail, puis son membre redevint rigide, gonflé à en exploser, comme si toute son énergie vitale avait déserté le reste de son être pour se loger là, juste là, entre ses cuisses. Bien entendu, l'organe avait sa volonté propre et réclamait encore son dû.
Ca devenait gênant. Mais impossible de se libérer de ça. Le moindre mouvement de ses jambes, de son bassin, produisant un minime effleurement de la peau de son sexe contre ses vêtements, et l'engin enflait, se dressait, incontournable. Il attrapa encore sa queue, rouge et plus énorme qu'il ne l'avait jamais vue, et gicla quelques gouttes, cette fois-ci sur le sol, jambes écartées, tremblantes. Ses couilles étaient quasi vides, et pourtant sa verge en demandait toujours plus. Il trouva ça absurde. Pour la première fois, son machin ne dégonfla même pas après sa maigre éjaculation.
Inquiétant.
Il opta pour un passage sous une douche glacée.
Il sortit de là rafraîchi, mais son truc obstinément guerrier. Sensation de n'être qu'un objet de chair derrière son sexe perpendiculaire. Au-delà de la douleur due à ses masturbations abrasives, son tentacule turgescent commençait à lui faire mal: pores dilatés, afflux continu de sang dans ce corps caverneux, comme s'il voulait grossir et grossir encore! comme une étoile en fin de vie, sous le coup des réactions nucléaires en chaîne au sein de son coeur accroît considérablement son volume avant de s'effondrer, ou de créer un trou noir, à cause de sa masse devenue trop importante. Bref, sa BITE devenait folle, tout à fait incontrôlable!
En naviguant sur le net, il apprit qu'il souffrait (et le mot n'était pas trop fort) d'une crise de priapisme.
Sur un des sites consacrés au sexe, un pop-up s'ouvrit: "Rencontres sans lendemain, inscription rapide et gratuite".
Pourquoi pas. Il remplit le formulaire. Sa chose grouillait d'envie, crépitait carrément à l'intérieur de son caleçon. Assez rapidement il découvrit "Sonia", à qui il plut. Elle aussi n'était pas mal, mais de toutes façons, il se sentait tellement contraint qu'il ne se permit pas d'être trop exigeant. Au bout de deux heures de dial, de séduction, d'échanges très "hots" avec Sonia, elle accepta un rendez-vous pour le soir-même, à 21h, chez elle. Au téléphone elle lui indiqua un lieu non loin de son domicile où ils se retrouveraient.
L'attente jusqu'au soir fut atroce, il se branla encore trois fois jusqu'à 16h, puis la crise, sans passer totalement, devint plus supportable, peut-être grâce à l'idée du moment voluptueux à venir avec une fille vivante, en chair et en os. Il mangea léger pour être bien en forme, se parfuma, mis des fringues décontractées mais pas dégueulasses, et surveilla sa montre tous les quarts d'heure dès que le ciel eut enfilé sa nuisette nocturne. A 20h35 il caressa une dernière fois la petite tête ronde et sympathique de son chat, mis sa veste grise un peu épaisse, en prévision du vent qui s'en donnait à coeur joie. Il referma la porte de son appartement, descendit les quelques marches d'escalier en pensant que, tout de même, si la promesse était tenue, internet était vachement pratique!
La promesse fut tenue. Il ne revit jamais son chat, ne rentra jamais chez lui. C'était vraiment une rencontre sans lendemain.