Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
(Ici une superbe illustration de ce livre, par Kako)
Demain, j'irai fleurir la tombe de Kennedy. Ho bien sûr, c'est moins classe que d'aller serrer la main d'Obama -on a tellement de respect pour Obama ici, que j'allais mettre une majuscule au d' de "D'Obama"- c'est moins classe donc, mais que voulez-vous les morts sont plus abordables que les vivants pour les petites gens. Et même chez les petits Présidents Européens, y'en a qui galèrent.
J'irai donc fleurir la tombe de Kennedy. Mais certainement pas celui auquel vous pensez, bande d'ignares sursaturés de télé-réalité visqueuse et de lectures impropres (et pour une fois je ne citerai pas de noms), Fitzgerald Kennedy, le satyre précurseur des Simpsons, est mort un 22 Novembre -ça même un Américain le sait- selon la CIA, la tête explosée par un tir extra-terrestre . Non, le mien -enfin le mien! John Kennedy Toole, lui, à force de désespérer de lui-même d'abord, de l'Amérique ensuite, de sa mère et des éditeurs enfin, décida un 26 mars 1969, il y a tout juste quarante ans, d'inhaler un volume suffisant de gaz carbonique afin que son corps cesse aussitôt de vivre, habitude qui lui était devenue franchement incommodante.
Hélas, oui hélas. ho, je sais je ne tirerai pas de vous le millième de l'océan lacrymal qui s'épandra à la mort de johnny ou de Marc Levy -on peut rêver!- mais pensez un peu ce qu'il serait advenu si Simon And Schuster par exemple avait accepté le manuscrit maudit de "La conjuration des imbéciles". Quand on compare le progrès qui a été accompli depuis la "Bible de Néon", écrit à seize ans s'il vous plaît, on ne peut que subodorer dans un vertige littéraire virtuel ce qu'aurait pu donner une troisième oeuvre.
Mais ce n'est qu'un vertige mental, un fantasme que je mets à votre disposition librement, car Simon and Schuster n'ont pas acheté le roman. Ils le rejetèrent poliment, car certains éditeurs sont polis, arguant de cette critique futée et perspicace, et dans la langue de Shakespeare, comme quoi y'en a qui ont pas honte, en parlant du livre: (it)"is'nt really about anything".
Pour ceux qui parlent anglais comme un ministre français, je traduis: "ce livre ne traite d'aucun sujet précis".
Ôôôôôôôôôô insondable abysse de la stupidité humaine, où sur les parois étanches de son insensibilité abjecte se répercute, inlassable, l'écho de ce jugement inaudible. Oui c'est une oxymore, je vous remercie. Mieux vaut lire ça que d'être sourd, mais quand même.
"isn't really about anything". Ô toi, engeance indécise née de l'union fautive d'un bacille de l'esprit et d'un métazoaire analphabète, toi qui osas porter ton regard péremptoire et chitineux de scarabée coprophile sur l'œuvre admirable d'un authentique génie, je te félicite de cette sentence qui, aujourd'hui encore quand j'y pense, me coupe la chique et le sentiment d'appartenir à la race humaine.
C'est pas parce que t'as rien compris au livre qu'il faut en priver l'humanité, hé, patate!
Bon, pour la postérité, je vais te dire moi de quoi il retourne dans ce bouquin, petit con probablement décédé.
C'est l'histoire d'un monsieur un peu bizarre et très très gros. Il met des casquettes vertes si mes souvenirs sont bons. Ca se passe à l'époque où l'Amérique était l'Amérique, tonitruante de jazz, de paranoïa anti "communis" et de méfiance à peine polie vis-à-vis des nègres. Le monsieur y parle étrangement, avec des phrases ouille ouille ouille qu'elles sont longues, un peu comme moi quand je ne m'adresse pas à un idiot trépassé. Le gros monsieur, qui lutte tout autant contre son estomac, gâce à un anneau pylorique, que contre le monde moderne, en se réfugiant dans des livres d'un autre temps, n'a pas beaucoup d'amis. Il ne trouve ou ne conserve aucun travail à cause de patrons obtus qui ne voient en lui qu'un génie propre à semer le chaos dans l'entreprise. Quant à sa sexualité, un peu de pudeur, nous passerons là-dessus.
Bien voilà pour les bases." Ce livre n'a pas de sujet précis". Un être humain a-t-il un sujet précis? Picasso traite-t-il de cubisme dans ses peintures? De quoi Céline parle-t-il, précisément? Miller? Rabelais? Précisément? encore faut-il un peu de phosphore dans les circonvolutions pour aborder la question. Vous n'en eûtes pas de votre vivant, vous n'en
aurez pas plus dans la mort. Je vais donc vous éclairer afin que vous passiez une bonne fois pour toutes dans l'outre-monde.
Ignatius est l'expression emphatique d'une singularité touchante dans l'univers creux, inculte, violent et dégénéré de l'Amérique triomphante. C'est le cri incarné du philosophe: il hurle pour haranguer son monde. Comme un faux-prophète parachuté à la Nouvelle-Orléans, ou sur sa colonne, un anachorète fiché en plein New-York. La "Conjuration" est un pamphlet d'amour sincère, une histoire de tumulte absurde dans le génie de l'existence.
Demain donc, j'irai fleurir la tombe de Kennedy, le vrai, et je lui apporterai ma modeste contribution au monde pour le rendre "plus géométrique, plus théologique et plus convenable", et en son honneur je continuerai à brocarder les demi-mongoliens qui le peuplent. Attention, je n'ai rien contre nos amis mongoliens, ce sont les demi-mongoliens qui sont dangereux.
Et vous, monsieur l'employé de Simon and Machin, régression génétique de l'espèce sapiens, je vous donne rendez-vous dans l'au-delà, où je compte bien vous infliger l'expression de mon fou rire éternel.